Le peuplement de la cité

Musulmans, juifs et étrangers

La ville de Mogador, a été construite, dans le but bien précis de drainer tout le commerce vers le Sud du Maroc et le Sahara. Le peuplement de la ville fut donc entrepris d’une façon tout a fait particulière. Chacune des trois communautés (musulmane, juive et européenne) entrant dans la composition de la population de la ville, fut regroupée dans la nouvelle cité d’une façon originale.

La population Musulmane

Plusieurs tribus du Maroc furent représentées par des immigrés venus s’installer dans la nouvelle cité. On vit venir du Souss des familles entières des tribus Chebanat, Masguina, Manabha, Adouar. De l’Anti-Atlas vinrent les Rahala, alors que du nord du Maroc se déplacèrent des Jbala pour occuper tout un quartier de la ville. L’élément de peuplement le plus important avait été depuis le début, constitué par les populations de l’arrière –pays, à savoir les Haha et Chiadma. La plupart des artisans, dans leurs grands corps de métier, étaient originaires de Marrakech, de Taroudant et de Demnat. Avec ces artisans arrivèrent les confréries religieuses telles que les Aïssaoua, Hmadcha, Ghazaoua, Darqaoua, etc. avec leur rituel musical et leurs zaouïas.

La population Juive

Il y eut différentes catégories de juifs qui s’installèrent dans le nouveau port à l’instigation du makhzen. Les premiers commerçants vinrent d’Agadir, à la suite de la fermeture de ce port au commerce international. Plus tard, des négociants juifs européens vinrent s’établir dans le nouveau port pour pratiquer leur métier.

La population Étrangère

Les consuls et commerçants européens vivant à Rabat et Salé furent invités, par une lettre du sultan Sidi Mohammed Ben Abdellah de janvier 1765, à venir s’installer dans le nouveau port. D’autres européens allaient venir plus tard : banquiers, missionnaires, hôteliers, aventuriers, etc...

Fraternité entre Islam et Judaïsme

La ville d’Essaouira possède un passé et une histoire dans le vivre-ensemble et la tolérance, qui méritent d’être racontés et transmis aux nouvelles générations. La cité des Alizés a été pendant le 19e siècle, l’un des espaces politiques, culturels et spirituels phares où régnaient une convergence et une fraternité entre islam et judaïsme.
C’est à Essaouira qu’islam et judaïsme ont eu la proximité la plus longue et la plus lucide, nourrie, modelée et façonnée par l’enracinement des identités de l’un et de l’autre. Il n’y a pas tellement d’endroits dans le monde où ce choix a été fait. Ce qui me conforte le plus, c’est que cette génération se réapproprie cette maturité.
Dans l’archaïsme qui nous entoure et la régression qui nous envahit, c’est une responsabilité de parler de cet héritage, de témoigner, de le revendiquer et de le transmettre aux générations futures. Ceux qui veulent la cassure et la confrontation, ils trouveront devant eux le Maroc, pour leur dire notre choix, notre identité et notre réalité ».


André Azoulay
Président-Fondateur de l’Association Essaouira-Mogador

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